Colbert donna cette lettre à la duchesse, lui retira doucement le siège derrière lequel elle s’abritait.
Mme de Chevreuse salua très légèrement et sortit.
Colbert, qui avait reconnu l’écriture de Mazarin et compté les lettres, sonna son secrétaire et lui enjoignit d’aller chercher chez lui M. Vanel, conseiller au Parlement. Le secrétaire répliqua que M. le conseiller, fidèle à ses habitudes, venait d’entrer dans la maison pour rendre compte à l’intendant des principaux détails du travail accompli ce jour même dans la séance du Parlement.
Colbert s’approcha des lampes, relut les lettres du défunt cardinal, sourit plusieurs fois en reconnaissant toute la valeur des pièces que venait de lui livrer Mme de Chevreuse, et, en étayant pour plusieurs minutes sa grosse tête dans ses mains, il réfléchit profondément.
Pendant ces quelques minutes, un homme gros et grand, à la figure osseuse, aux yeux fixes, au nez crochu, avait fait son entrée dans le cabinet de Colbert avec une assurance modeste, qui décelait un caractère à la fois souple et décidé: souple envers le maître qui pouvait jeter la proie, ferme envers les chiens qui eussent pu lui disputer cette proie opime.
M. Vanel avait sous le bras un dossier volumineux; il le posa sur le bureau même, où les deux coudes de Colbert étayaient sa tête.
— Bonjour, monsieur Vanel, dit celui-ci en se réveillant de sa méditation.
— Bonjour, monseigneur, dit naturellement Vanel.
— C’est monsieur qu’il faut dire, répliqua doucement Colbert.
— On appelle monseigneur les ministres, dit Vanel avec un sang-froid imperturbable; vous êtes ministre!