— Ce jour n’avait pas toujours été triste pour Votre Majesté.
— Pourquoi?
— Parce que, vingt-trois ans auparavant, madame, Sa Majesté le roi régnant, votre glorieux fils, était né à la même heure.
La reine poussa un cri, pencha son front sur ses mains et s’abîma durant quelques secondes.
Était-ce souvenir ou réflexion? était-ce encore la douleur?
La Molina jeta sur Mme de Motteville un regard presque furieux, tant il ressemblait à un reproche, et la digne femme, n’y ayant rien compris, allait questionner pour l’acquit de sa conscience, lorsque soudain Anne d’Autriche se levant:
— Le 5 septembre! dit-elle; oui, ma douleur a paru le 5 septembre. Grande joie un jour, grande douleur un autre jour. Grande douleur, ajouta-t-elle tout bas, expiation d’une trop grande joie!
Et, à partir de ce moment, Anne d’Autriche, qui semblait avoir épuisé toute sa mémoire et toute sa raison, demeura impénétrable, l’œil morne, la pensée vague, les mains pendantes.
— Il faut nous mettre au lit, dit la Molina.
— Tout à l’heure, Molina.