Chapitre CLXXXVIII — La minute de M. Colbert
Vanel, entrant à ce moment de la conversation n’était rien autre chose pour Aramis et Fouquet que le point qui termine une phrase.
Mais, pour Vanel qui arrivait, la présence d’Aramis dans le cabinet de Fouquet devait avoir une bien autre signification.
Aussi l’acheteur, à son premier pas dans la chambre, arrêta-t-il sur cette physionomie, à la fois si fine et si ferme de l’évêque de Vannes, un regard étonné qui devint bientôt scrutateur.
Quant à Fouquet, véritable homme politique, c’est-à-dire maître de lui-même, il avait déjà, par la force de sa volonté, fait disparaître de son visage les traces de l’émotion causée par la révélation d’Aramis.
Ce n’était donc plus un homme abattu par le malheur et réduit aux expédients; il avait redressé la tête et allongé la main pour faire entrer Vanel.
Il était premier ministre, il était chez lui.
Aramis connaissait le surintendant. Toute la délicatesse de son cœur, toute la largeur de son esprit n’avaient rien qui pût l’étonner. Il se borna donc, momentanément, quitte à reprendre plus tard une part active dans la conversation, au rôle difficile de l’homme qui regarde et qui écoute pour apprendre et pour comprendre.
Vanel était visiblement ému. Il s’avança jusqu’au milieu du cabinet, saluant tout et tous.
— Je viens... dit-il.