Vanel grommela.

— Assez! cria Fouquet. Cet acte, voyons!

Vanel fouilla en tremblotant dans sa poche; il en retira son portefeuille, et du portefeuille s’échappa un papier, tandis que Vanel offrait l’autre à Fouquet.

Aramis fondit sur ce papier, dont il venait de reconnaître l’écriture.

— Pardon, c’est la minute de l’acte, dit Vanel.

— Je le vois bien, repartit Aramis avec un sourire plus cruel que n’eût été un coup de fouet, et, ce que j’admire c’est que cette minute est de la main de M. Colbert. Tenez, monseigneur, regardez.

Il passa la minute à Fouquet, lequel reconnut la vérité du fait. Surchargé de ratures, de mots ajoutés, les marges toutes noircies, cet acte, vivant témoignage de la trame de Colbert, venait de tout révéler à la victime.

— Eh bien? murmura Fouquet.

Vanel, atterré, semblait chercher un trou profond pour s’y engloutir.

— Eh bien! dit Aramis, si vous ne vous appeliez Fouquet, et si votre ennemi ne s’appelait Colbert; si vous n’aviez en face que ce lâche voleur que voici, je vous dirais: Niez... une pareille preuve détruit toute parole; mais ces gens-là croiraient que vous avez peur; ils vous craindraient moins; tenez, monseigneur.