— Une fête à laquelle, je crois, le roi s’était invité de lui-même?
— Non, mon cher prélat; une fête à laquelle M. Colbert avait conseillé au roi de s’inviter.
— Ah! oui, comme étant une fête trop coûteuse pour que vous ne vous y ruinassiez point.
— C’est cela. Dans le bon temps, comme je vous disais tout à l’heure, j’avais cet orgueil de montrer à mes ennemis la fécondité de mes ressources; je tenais à l’honneur de les frapper d’épouvante en créant des millions là où ils n’avaient vu que des banqueroutes possibles. Mais, aujourd’hui, je compte avec l’État, avec le roi, avec moi-même; aujourd’hui, je vais devenir l’homme de la lésine; je saurai prouver au monde que j’agis sur des deniers comme sur des sacs de pistoles, et, à partir de demain, mes équipages vendus, mes maisons en gage, ma dépense suspendue...
— À partir de demain, interrompit Aramis tranquillement, vous allez, mon cher ami, vous occuper sans relâche de cette belle fête de Vaux, qui doit être citée un jour parmi les héroïques magnificences de votre beau temps.
— Vous êtes fou, chevalier d’Herblay.
— Moi? Vous ne le pensez pas.
— Comment! Mais savez-vous ce que peut coûter une fête, la plus simple du monde, à Vaux? Quatre à cinq millions.
— Je ne vous parle pas de la plus simple du monde, mon cher surintendant.
— Mais, puisque la fête est donnée au roi, répondit Fouquet, qui se méprenait sur la pensée d’Aramis, elle ne peut être simple.