Quand la foule se fut éloignée, quand ils eurent entendu le bruit des chevaux et des carrosses qui allait s’éteignant, quand ils furent sûrs enfin que personne ne les pouvait voir, Aramis et Fouquet sortirent de leur grotte. Puis, en silence, tous deux gagnèrent l’allée.
Aramis plongea son regard, non seulement dans toute l’étendue qui se déroulait devant lui et derrière lui, mais encore dans l’épaisseur des bois.
— Monsieur Fouquet, dit-il quand il se fut assuré que tout était solitaire, il faut à tout prix ravoir votre lettre à La Vallière.
— Ce sera chose facile dit Fouquet, si le grison ne l’a pas rendue.
— Il faut, en tout cas, que ce soit chose possible, comprenez-vous?
— Oui, le roi aime cette fille, n’est-ce pas?
— Beaucoup, et, ce qu’il y a de pis, c’est que, de son côté, cette fille aime le roi passionnément.
— Ce qui veut dire que nous changeons de tactique, n’est-ce pas?
— Sans aucun doute; vous n’avez pas de temps à perdre. Il faut que vous voyiez La Vallière, et que, sans plus songer à devenir son amant, ce qui est impossible, vous vous déclariez son plus cher ami et son plus humble serviteur.
— Ainsi ferai-je, répondit Fouquet, et ce sera sans répugnance; cette enfant me semble pleine de cœur.