Après un de ces dîners pendant lesquels Porthos essayait de se rappeler tous les détails du dîner royal, demi-joyeux, grâce au bon vin, demi-triste, grâce aux idées ambitieuses, Porthos se laissait aller à un commencement de sieste, quand son valet de chambre vint l’avertir que M. de Bragelonne voulait lui parler.
Porthos passa dans la salle voisine, où il trouva son jeune ami dans les dispositions que nous connaissons.
Raoul vint serrer la main de Porthos, qui, surpris de sa gravité, lui offrit un siège.
— Cher monsieur du Vallon, dit Raoul, j’ai un service à vous demander.
— Cela tombe à merveille, mon jeune ami, répliqua Porthos. On m’a envoyé huit mille livres, ce matin, de Pierrefonds, et, si c’est d’argent que vous avez besoin...
— Non, ce n’est pas d’argent; merci, mon excellent ami.
— Tant pis! J’ai toujours entendu dire que c’est là le plus rare des services, mais le plus aisé à rendre. Ce mot m’a frappé; j’aime à citer les mots qui me frappent.
— Vous avez un cœur aussi bon que votre esprit est sain.
— Vous êtes trop bon. Vous dînerez bien, peut-être?
— Oh! non, je n’ai pas faim.