— Comment, malheureusement? Est-ce que vous seriez porteur d’un message de mauvais augure, monsieur le baron?

— De mauvais augure pour un gentilhomme? oh! non, monsieur le comte, répliqua noblement Porthos. Je viens seulement vous annoncer que vous avez offensé bien cruellement un de mes amis.

— Moi, monsieur! s’écria de Saint-Aignan; moi, j’ai offensé un de vos amis? Et lequel, je vous prie?

— M. Raoul de Bragelonne.

— J’ai offensé M. de Bragelonne, moi? s’écria de Saint-Aignan. Ah! mais, en vérité, monsieur, cela m’est impossible; car M. de Bragelonne, que je connais peu, je dirai même que je ne connais point, est en Angleterre: ne l’ayant point vu depuis fort longtemps, je ne saurais l’avoir offensé.

— M. de Bragelonne est à Paris, monsieur le comte, dit Porthos impassible; et, quant à l’avoir offensé, je vous réponds que c’est vrai, puisqu’il me l’a dit lui-même. Oui, monsieur le comte, vous l’avez cruellement, mortellement offensé, je répète le mot.

— Mais impossible, monsieur le baron, je vous jure, impossible.

— D’ailleurs, ajouta Porthos, vous ne pouvez ignorer cette circonstance, attendu que M. de Bragelonne m’a déclaré vous avoir prévenu par un billet.

— Je n’ai reçu aucun billet, monsieur, je vous en donne ma parole.

— Voilà qui est extraordinaire! répondit Porthos; et ce que dit Raoul...