— Non.

— Vous ne regrettez rien?

— Rien.

— Pas même la liberté?

— Qu’appelez-vous la liberté, monsieur, demanda le prisonnier avec l’accent d’un homme qui se prépare à une lutte.

— J’appelle la liberté, les fleurs, l’air, le jour, les étoiles, le bonheur de courir où vous portent vos jambes nerveuses de vingt ans.

Le jeune homme sourit; il eût été difficile de dire si c’était de résignation ou de dédain.

— Regardez, dit-il, j’ai là, dans ce vase du Japon, deux roses, deux belles roses, cueillies hier au soir en boutons dans le jardin du gouverneur; elles sont écloses ce matin et ont ouvert sous mes yeux leur calice vermeil; avec chaque pli de leurs feuilles, elles ouvraient le trésor de leur parfum; ma chambre en est tout embaumée. Ces deux roses, voyez-les: elles sont belles parmi les roses; et les roses sont les plus belles des fleurs. Pourquoi donc voulez-vous que je désire d’autres fleurs, puisque j’ai les plus belles de toutes?

Aramis regarda le jeune homme avec surprise.

— Si les fleurs sont la liberté, reprit mélancoliquement le captif, j’ai donc la liberté, puisque j’ai les fleurs.