Il se tut. Mais, à voir les yeux ardents, le front plissé, l’attitude réfléchie du captif, on sentait bien qu’il attendait autre chose que du silence. Ce silence, Aramis le rompit.

— Vous m’avez menti, la première fois que je vous ai vu, dit-il.

— Menti? s’écria le jeune homme en se dressant sur son lit, avec un tel accent dans la voix, avec un tel éclair dans les yeux, qu’Aramis recula malgré lui.

— Je veux dire, reprit Aramis en s’inclinant, que vous m’avez caché ce que vous savez de votre enfance.

— Les secrets d’un homme sont à lui, monsieur, dit le prisonnier, et non au premier venu.

— C’est vrai, dit Aramis en s’inclinant plus bas que la première fois, c’est vrai, pardonnez, mais aujourd’hui, suis-je encore pour vous le premier venu; Je vous en supplie, répondez, monseigneur!

Ce titre causa un léger trouble au prisonnier; cependant il ne parut point étonné qu’on le lui donnât.

— Je ne vous connais pas, monsieur, dit-il.

— Oh! si j’osais, je prendrais votre main, et je la baiserais.

Le jeune homme fit un mouvement comme pour donner la main à Aramis, mais l’éclair qui avait jailli de ses yeux s’éteignit au bord de sa paupière, et sa main se retira froide et défiante.