— Mais vous étiez donc en prison?
— Si je suis en prison ici, relativement j’étais libre là-bas, quoique ma liberté fût bien restreinte; une maison d’où je ne sortais pas, un grand jardin entouré de murs que je ne pouvais franchir: c’était ma demeure; vous la connaissez, puisque vous y êtes venu. Au reste, habitué à vivre dans les limites de ces murs et de cette maison, je n’ai jamais désiré en sortir. Donc, vous comprenez, monsieur, n’ayant rien vu de ce monde je ne puis rien désirer, et, si vous me racontez quelque chose, vous serez forcé de tout m’expliquer.
— Ainsi ferai-je, monseigneur, dit Aramis en s’inclinant; car c’est mon devoir.
— Eh bien! commencez donc par me dire ce qu’était mon gouverneur.
— Un bon gentilhomme, monseigneur, un honnête gentilhomme surtout, un précepteur à la fois pour votre corps et pour votre âme. Avez-vous jamais eu à vous en plaindre?
— Oh! non, monsieur, bien au contraire; mais ce gentilhomme m’a dit souvent que mon père et ma mère étaient morts; ce gentilhomme mentait-il ou disait-il la vérité?
— Il était forcé de suivre les ordres qui lui étaient donnés.
— Alors il mentait donc?
— Sur un point. Votre père est mort.
— Et ma mère?