— Je le sais, dit le jeune homme en rougissant légèrement.

— Eh bien! ce fut un prince plein de bonnes idées, plein de grands projets, projets toujours ajournés par le malheur des temps et par les luttes qu’eut à soutenir contre la seigneurie de France son ministre Richelieu. Lui, personnellement je parle du roi Louis XIII, était faible de caractère. Il mourut jeune encore et tristement.

— Je sais cela.

— Il avait été longtemps préoccupé du soin de sa postérité. C’est un soin douloureux pour les princes, qui ont besoin de laisser sur la terre plus qu’un souvenir, pour que leur pensée se poursuive, pour que leur œuvre continue.

— Le roi Louis XIII est-il mort sans enfants? demanda en souriant le prisonnier.

— Non, mais il fut privé longtemps du bonheur d’en avoir; non, mais longtemps il crut qu’il mourrait tout entier. Et cette pensée l’avait réduit à un profond désespoir, quand tout à coup sa femme, Anne d’Autriche...

Le prisonnier tressaillit.

— Saviez-vous, continua Aramis, que la femme de Louis XIII s’appelât Anne d’Autriche?

— Continuez, dit le jeune homme sans répondre.

— Quand tout à coup, reprit Aramis, la reine Anne d’Autriche annonça qu’elle était enceinte. La joie fut grande à cette nouvelle, et tous les vœux tendirent à une heureuse délivrance. Enfin, le 5 septembre 1638, elle accoucha d’un fils.