— Que me dites-vous là, monsieur?

— La vérité.

— Et il eut des amis... dévoués?

— Comme moi pour vous.

— Eh bien! que fit-il? il échoua?

— Il échoua, mais toujours par sa faute, et, pour racheter, non pas sa vie, car la vie du frère du roi est sacrée, inviolable, mais pour racheter sa liberté, votre oncle sacrifia la vie de tous ses amis les uns après les autres. Aussi est-il aujourd’hui la honte de l’histoire et l’exécration de cent nobles familles de ce royaume.

— Je comprends, monsieur, fit le prince, et c’est par faiblesse ou par trahison que mon oncle tua ses amis?

— Par faiblesse: ce qui est toujours une trahison chez les princes.

— Ne peut-on pas échouer aussi par ignorance, par incapacité? Croyez-vous bien qu’il soit possible à un pauvre captif tel que moi, élevé non seulement loin de la Cour, mais encore loin du monde, croyez-vous qu’il lui soit possible d’aider ceux de ses amis qui tenteraient de le servir?

Et comme Aramis allait répondre, le jeune homme s’écria tout à coup avec une violence qui décelait la force du sang: