Raoul arrivait donc surabondamment chez son père, qui, après lui avoir tendu la main et l’avoir embrassé, lui fit signe de s’asseoir.

— Je sais que vous venez à moi comme on vient à un ami, vicomte, quand on pleure et quand on souffre; dites-moi quelle cause vous amène.

Le jeune homme s’inclina et commença son récit. Plus d’une fois, dans le cours de ce récit, les larmes coupèrent sa voix et un sanglot étranglé dans sa gorge suspendit la narration. Cependant il acheva.

Athos savait probablement déjà à quoi s’en tenir, puisque nous avons dit que d’Artagnan lui avait écrit; mais, tenant à garder jusqu’au bout ce calme et cette sérénité qui faisaient le côté presque surhumain de son caractère, il répondit:

— Raoul, je ne crois rien de ce que l’on dit; je ne crois rien de ce que vous craignez, non pas que des personnes dignes de foi ne m’aient pas déjà entretenu de cette aventure, mais parce que, dans mon âme et dans ma conscience, je crois impossible que le roi ait outragé un gentilhomme. Je garantis donc le roi, et vais vous rapporter la preuve de ce que je dis.

Raoul, flottant comme un homme ivre entre ce qu’il avait vu de ses propres yeux et cette imperturbable foi qu’il avait dans un homme qui n’avait jamais menti, s’inclina et se contenta de répondre:

— Allez donc, monsieur le comte; j’attendrai.

Et il s’assit, la tête cachée dans ses deux mains. Athos s’habilla et partit. Chez le roi, il fit ce que nous venons de raconter à nos lecteurs, qui l’ont vu entrer chez Sa Majesté et qui l’ont vu en sortir.

Quand il rentra chez lui, Raoul, pâle et morne n’avait pas quitté sa position désespérée. Cependant au bruit des portes qui s’ouvraient, au bruit des pas de son père qui s’approchait de lui, le jeune homme releva la tête.

Athos était pâle, découvert, grave; il remit son manteau et son chapeau au laquais, le congédia du geste et s’assit près de Raoul.