— Eh bien! contez-moi cela, Porthos, mon ami, à moins que ce ne soit un secret.

— D’abord, mon ami, dit Porthos, vous savez que je n’ai pas de secrets pour vous. Voici donc ce qui m’attriste.

— Attendez, Porthos, laissez-moi d’abord me dépêtrer de toute cette litière de drap, de satin et de velours.

— Oh! marchez, marchez, dit piteusement Porthos: tout cela n’est que rebut.

— Peste! du rebut, Porthos, du drap à vingt livres l’aune! du satin magnifique, du velours royal!

— Vous trouvez donc ces habits?...

— Splendides, Porthos, splendides! Je gage que vous seul en France en avez autant, et, en supposant que vous n’en fassiez plus faire un seul, et que vous viviez cent ans, ce qui ne m’étonnerait pas, vous porteriez encore des habits neufs le jour de votre mort, sans avoir besoin de voir le nez d’un seul tailleur, d’aujourd’hui à ce jour-là.

Porthos secoua la tête.

— Voyons, mon ami, dit d’Artagnan, cette mélancolie qui n’est pas dans votre caractère m’effraie. Mon cher Porthos, sortons-en donc: le plus tôt sera le mieux.

— Oui, mon ami, sortons-en, dit Porthos, si toutefois cela est possible.