— Vous êtes-vous jamais battu?
— Une fois, mon ami, avec un lieutenant de chevau-légers.
— Que vous avait-il fait?
— Il paraît qu’il avait séduit ma femme.
— Ah! ah! dit Molière pâlissant légèrement.
Mais comme, à l’aveu formulé par La Fontaine, les autres s’étaient retournés, Molière garda sur ses lèvres le sourire railleur qui avait failli s’en effacer, et, continuant de faire parler La Fontaine:
— Et qu’est-il résulté de ce duel?
— Il est résulté que, sur le terrain, mon adversaire me désarma, puis me fit des excuses, me promettant de ne plus remettre les pieds à la maison.
— Et vous vous tîntes pour satisfait? demanda Molière.
— Non pas, au contraire! Je ramassai mon épée: «Pardon, monsieur, lui dis-je, je ne me suis pas battu avec vous parce que vous étiez l’amant de ma femme, mais parce qu’on m’a dit que je devais me battre. Or, comme je n’ai jamais été heureux que depuis ce temps-là, faites-moi le plaisir de continuer d’aller à la maison, comme par le passé, ou, morbleu! recommençons.» De sorte, continua La Fontaine, qu’il fut forcé de rester l’amant de ma femme, et que je continue d’être le plus heureux mari de la terre.