Les chevaux attendaient, ébranlant le carrosse dans leur impatience.

Baisemeaux conduisit l’évêque jusqu’au bas du perron.

Aramis fit monter son compagnon avant lui dans le carrosse, y monta ensuite, et, sans donner d’autre ordre au cocher:

— Allez! dit-il.

La voiture roula bruyamment sur le pavé des cours. Un officier, portant un flambeau, devançait les chevaux, et donnait à chaque corps de garde l’ordre de laisser passer.

Pendant le temps que l’on mit à ouvrir toutes les barrières, Aramis ne respira point, et l’on eût pu entendre son cœur battre contre les parois de sa poitrine.

Le prisonnier, plongé dans un angle du carrosse, ne donnait pas non plus signe d’existence.

Enfin, un soubresaut, plus fort que les autres, annonça que le dernier ruisseau était franchi. Derrière le carrosse se referma la dernière porte, celle de la rue Saint-Antoine. Plus de murs à droite ni à gauche; le ciel partout, la liberté partout, la vie partout. Les chevaux, tenus en bride par une main vigoureuse, allèrent doucement jusqu’au milieu du faubourg. Là, ils prirent le trot.

Peu à peu, soit qu’il s’échauffassent, soit qu’on les poussât, ils gagnèrent en rapidité, et, une fois à Bercy, le carrosse semblait voler, tant l’ardeur des coursiers était grande. Ces chevaux coururent ainsi jusqu’à Villeneuve-Saint-Georges, où le relais était préparé. Alors, quatre chevaux, au lieu de deux, entraînèrent la voiture dans la direction de Melun, et s’arrêtèrent un moment au milieu de la forêt de Sénart. L’ordre, sans doute, avait été donné d’avance au postillon, car Aramis n’eut pas même besoin de faire un signe.

— Qu’y a-t-il? demanda le prisonnier, comme s’il sortait d’un long rêve.