— La première?

— Parlons-en tout de suite avec la même franchise que nous venons de mettre à notre conversation, parlons des motifs qui peuvent amener la dissolution des espérances que nous avons conçues, parlons des dangers que nous courons.

— Ils seraient immenses, infinis, effrayants, insurmontables, si, comme je vous l’ai dit, tout ne concourait à les rendre absolument nuls. Il n’y a pas de dangers pour vous ni pour moi, si la constance et l’intrépidité de Votre Altesse Royale égalent la perfection de cette ressemblance que la nature vous a donnée avec le roi. Je vous le répète, il n’y a pas de dangers, il n’y a que des obstacles. Ce mot-là, que je trouve dans toutes les langues, je l’ai toujours mal compris; si j’étais roi, je le ferais effacer comme absurde et inutile.

— Si fait, monsieur, il y a un obstacle très sérieux, un danger insurmontable que vous oubliez.

— Ah! fit Aramis.

— Il y a la conscience qui crie, il y a le remords qui déchire.

— Oui, c’est vrai, dit l’évêque; il y a la faiblesse de cœur vous me le rappelez. Oh! vous avez raison, c’est un immense obstacle, c’est vrai. Le cheval qui a peur du fossé saute au milieu et se tue! L’homme qui croise le fer en tremblant laisse à la lame ennemie des jours par lesquels la mort passe! C’est vrai! c’est vrai!

— Avez-vous un frère? dit le jeune homme à Aramis.

— Je suis seul au monde, répliqua celui-ci d’une voix sèche et nerveuse comme la détente d’un pistolet.

— Mais vous aimez quelqu’un sur la terre? ajouta Philippe.