Le surintendant vint joindre son ami, qui l’arrêta devant un grand tableau terminé à peine. S’escrimant sur cette toile, le peintre Le Brun, couvert de sueur, taché de couleurs, pâle de fatigue et d’inspiration, jetait les derniers coups de sa brosse rapide. C’était ce portrait du roi qu’on attendait, avec l’habit de cérémonie, que Percerin avait daigné faire voir d’avance à l’évêque de Vannes.
Fouquet se plaça devant ce tableau, qui vivait, pour ainsi dire, dans sa chair fraîche et dans sa moite chaleur. Il regarda la figure, calcula le travail, admira, et, ne trouvant pas de récompense qui fût digne de ce travail d’Hercule, il passa ses bras au cou du peintre et l’embrassa. M. le surintendant venait de gâter un habit de mille pistoles, mais il avait reposé Le Brun.
Ce fut un beau moment pour l’artiste, ce fut un douloureux moment pour M. Percerin, qui, lui aussi, marchait derrière Fouquet, et admirait dans la peinture de Le Brun l’habit qu’il avait fait pour Sa Majesté, objet d’art, disait-il, qui n’avait son pareil que dans la garde-robe de M. le surintendant.
Sa douleur et ses cris furent interrompus par le signal qui fut donné du sommet de la maison. Par-delà Melun, dans la plaine déjà nue, les sentinelles de Vaux avaient aperçu le cortège du roi et des reines: Sa Majesté entrait dans Melun avec sa longue file de carrosses et de cavaliers.
— Dans une heure, dit Aramis à Fouquet.
— Dans une heure! répliqua celui-ci en soupirant.
— Et ce peuple qui se demande à quoi servent les fêtes royales! continua l’évêque de Vannes en riant de son faux rire.
— Hélas! moi, qui ne suis pas peuple, je me le demande aussi.
— Je vous répondrai dans vingt-quatre heures, monseigneur. Prenez votre bon visage, car c’est jour de joie.
— Eh bien! croyez-moi, si vous voulez, d’Herblay, dit le surintendant avec expansion, en désignant du doigt le cortège de Louis à l’horizon, il ne m’aime guère, je ne l’aime pas beaucoup, mais je ne sais comment il se fait que, depuis qu’il approche de ma maison...