Et d’Artagnan rêvait.

«Que m’importe! après tout, s’il ne veut renverser que M. Colbert?... Que peut-il vouloir autre chose?»

D’Artagnan se grattait le front, cette fertile terre d’où le soc de ses ongles avait tant fouillé de belles et bonnes idées.

Il eut celle de s’aboucher avec M. Colbert, mais son amitié, son serment d’autrefois, le liaient trop à Aramis. Il recula. D’ailleurs, il haïssait ce financier.

Il voulut s’ouvrir au roi. Mais le roi ne comprendrait rien à ses soupçons, qui n’avaient pas même la réalité de l’ombre.

Il résolut de s’adresser directement à Aramis, la première fois qu’il le verrait.

«Je le prendrai entre deux chandelles, directement, brusquement, se dit le mousquetaire. Je lui mettrai la main sur le cœur, et il me dira... Que me dira-t-il? oui, il me dira quelque chose, car, mordioux! il y a quelque chose là-dessous!»

Plus tranquille, d’Artagnan fit ses apprêts de voyage, et donna ses soins à ce que la maison militaire du roi, fort peu considérable encore, fût bien commandée et bien ordonnée dans ses médiocres proportions. Il résulta, de ces tâtonnements du capitaine, que le roi se mit à la tête des mousquetaires, de ses Suisses et d’un piquet de gardes-françaises, lorsqu’il arriva devant Melun. On eût dit d’une petite armée. M. Colbert regardait ces hommes d’épée avec beaucoup de joie. Il en voulait encore un tiers en sus.

— Pourquoi? disait le roi.

— Pour faire plus d’honneur à M. Fouquet, répliquait Colbert.