«Double brute! pensa d’Artagnan, si j’avais intérêt à démolir ton crédit, je le ferais en dix minutes.»

— À la place du roi, ajouta-t-il tout haut, en me rendant chez M. Fouquet, qui est un galant homme, je laisserais ma maison, j’irais en ami; j’entrerais seul avec mon capitaine des gardes; j’en serais plus grand et plus sacré.

La joie brilla dans les yeux du roi.

— Voilà un bon conseil, dit-il, mesdames; allons chez un ami, en ami. Marchez doucement, messieurs des équipages; et nous, messieurs, en avant!

Il entraîna derrière lui tous les cavaliers.

Colbert cacha sa grosse tête renfrognée derrière le cou de son cheval.

— J’en serai quitte, dit d’Artagnan tout en galopant, pour causer, dès ce soir, avec Aramis. Et puis M. Fouquet est un galant homme, mordioux! je l’ai dit, il faut le croire.

Voilà comment, vers sept heures du soir, sans trompettes et sans gardes avancées, sans éclaireurs ni mousquetaires, le roi se présenta devant la grille de Vaux, où Fouquet, prévenu, attendait, depuis une demi-heure, tête nue, au milieu de sa maison et de ses amis.

Chapitre CCXIX — Nectar et ambroisie

M. Fouquet tint l’étrier au roi, qui, ayant mis pied à terre, se releva gracieusement, et, plus gracieusement encore, lui tendit une main que Fouquet, malgré un léger effort du roi, porta respectueusement à ses lèvres.