— Aramis! Aramis! par grâce, un mot d’ami!

— Le mot des amis, c’est la vérité. Si je pense à toucher du doigt au fils d’Anne d’Autriche, le vrai roi de ce pays de France, si je n’ai pas la ferme intention de me prosterner devant son trône, si, dans mes idées, le jour de demain, ici, à Vaux, ne doit pas être le plus glorieux des jours de mon roi, que la foudre m’écrase! j’y consens.

Aramis avait prononcé ces paroles le visage tourné vers l’alcôve de sa chambre, où d’Artagnan, adossé d’ailleurs à cette alcôve, ne pouvait soupçonner qu’il se cachât quelqu’un. L’onction de ces paroles, leur lenteur étudiée, la solennité du serment, donnèrent au mousquetaire la satisfaction la plus complète. Il prit les deux mains d’Aramis et les serra cordialement.

Aramis avait supporté les reproches sans pâlir, il rougit en écoutant les éloges. D’Artagnan trompé lui faisait honneur. D’Artagnan confiant lui faisait honte.

— Est-ce que vous partez? lui dit-il en l’embrassant pour cacher sa rougeur.

— Oui, mon service m’appelle. J’ai le mot de la nuit à prendre.

— Où coucherez-vous?

— Dans l’antichambre du roi, à ce qu’il paraît. Mais Porthos?

— Emmenez-le-moi donc; car il ronfle comme un canon.

— Ah!... il n’habite pas avec vous? dit d’Artagnan.