Il n’en était pas de même du visage du roi, sur lequel, malgré ce gain auquel il n’était pas insensible, demeurait toujours un lambeau de nuage. Au coin d’une allée, Colbert l’attendait. Sans doute, l’intendant se trouvait là en vertu d’un rendez-vous donné, car Louis XIV, qui l’avait évité, lui fit un signe et s’enfonça avec lui dans le parc.
Mais La Vallière aussi avait vu ce front sombre et ce regard flamboyant du roi, elle l’avait vu, et comme rien de ce qui couvait dans cette âme n’était impénétrable à son amour, elle avait compris que cette colère comprimée menaçait quelqu’un. Elle se tenait sur le chemin de vengeance comme l’ange de la miséricorde.
Toute triste, toute confuse, à demi folle d’avoir été si longtemps séparée de son amant, inquiète de cette émotion intérieure qu’elle avait devinée, elle se montra d’abord au roi avec un aspect embarrassé que, dans sa mauvaise disposition d’esprit, le roi interpréta défavorablement.
Alors, comme ils étaient seuls ou à peu près seuls, attendu que Colbert, en apercevant la jeune fille, s’était respectueusement arrêté et se tenait à dix pas de distance, le roi s’approcha de La Vallière et lui prit la main.
— Mademoiselle, lui dit-il, puis-je, sans indiscrétion, vous demander ce que vous avez? Votre poitrine paraît gonflée, vos yeux sont humides.
— Oh! Sire, si ma poitrine est gonflée, si mes yeux sont humides, si je suis triste enfin, c’est de la tristesse de Votre Majesté.
— Ma tristesse? oh! vous voyez mal, mademoiselle. Non, ce n’est point de la tristesse que j’éprouve.
— Et qu’éprouvez-vous, Sire?
— De l’humiliation.
— De l’humiliation? oh! que dites-vous là?