Et le roi, sans attendre la fin du feu d’artifice, se dirigea vers le château.

Fouquet accompagna le roi. Tout le monde suivit derrière eux.

Les dernières fusées brûlèrent tristement pour elles seules.

Le surintendant essaya de questionner encore Louis XIV, mais n’obtint aucune réponse. Il supposa qu’il y avait eu querelle entre Louis et La Vallière dans le parc; que brouille en était résultée; que le roi, peu boudeur de sa nature, mais tout dévoué à sa rage d’amour, prenait le monde en haine depuis que sa maîtresse le boudait. Cette idée suffit à le rassurer; il eut même un sourire amical et consolant pour le jeune roi, quand celui-ci lui souhaita le bonsoir.

Ce n’était pas tout pour le roi. Il fallait subir le service. Ce service du soir se devait faire en grande étiquette. Le lendemain était le jour du départ. Il fallait bien que les hôtes remerciassent leur hôte et lui donnassent une politesse pour ses douze millions.

La seule chose que Louis trouva d’aimable pour Fouquet en le congédiant, ce furent ces paroles:

— Monsieur Fouquet, vous saurez de mes nouvelles; faites, je vous prie, venir ici M. d’Artagnan.

Et le sang de Louis XIII, qui avait tant dissimulé, bouillait alors dans ses veines, et il était tout prêt à faire égorger Fouquet, comme son prédécesseur avait fait assassiner le maréchal d’Ancre. Aussi déguisa-t-il l’affreuse résolution sous un de ces sourires royaux qui sont les éclairs des coups d’État.

Fouquet prit la main du roi et la baisa. Louis frissonna de tout son corps, mais laissa toucher sa main aux lèvres de M. Fouquet.

Cinq minutes après, d’Artagnan, auquel on avait transmis l’ordre royal, entrait dans la chambre de Louis XIV.