— Croyez-vous, Sire, que je vais emmener un anspessade avec moi? Arrêter M. Fouquet, mais c’est si facile, qu’un enfant le ferait. M. Fouquet à arrêter, c’est un verre d’absinthe à boire. On fait la grimace, et c’est tout.
— S’il se défend?...
— Lui? Allons donc! se défendre, quand une rigueur comme celle-là le fait roi et martyr! Tenez, s’il lui reste un million, ce dont je doute, je gage qu’il le donnerait pour avoir cette fin-là. Allons, Sire, j’y vais.
— Attendez! dit le roi.
— Ah! qu’y a-t-il?
— Ne rendez pas son arrestation publique.
— C’est plus difficile, cela.
— Pourquoi?
— Parce que rien n’est plus simple que d’aller, au milieu des mille personnes enthousiastes qui l’entourent, dire à M. Fouquet: «Au nom du roi, monsieur, je vous arrête!» Mais aller à lui, le tourner, le retourner, le coller dans quelque coin de l’échiquier, de façon qu’il ne s’en échappe pas; le voler à tous ses convives, et vous le garder prisonnier, sans qu’un de ses hélas! ait été entendu, voilà une difficulté réelle, véritable, suprême, et je la donne en cent aux plus habiles.
— Dites encore: «C’est impossible!» et vous aurez plus vite fait. Ah! mon Dieu, mon Dieu! ne serais-je entouré que de gens qui m’empêchent de faire ce que je veux!