— M. Colbert vous hait.

— M. Colbert? que m’importe!

— Il vous ruinera.

— Oh! quant à cela, je l’en défie: je suis ruiné.

À cet étrange aveu du surintendant, d’Artagnan promena un regard expressif autour de lui. Quoiqu’il n’ouvrît pas la bouche, Fouquet le comprit si bien, qu’il ajouta:

— Que faire de ces magnificences, quand on n’est plus magnifique? Savez-vous à quoi nous servent la plupart de nos possessions, à nous autres riches? C’est à nous dégoûter, par leur splendeur même, de tout ce qui n’égale pas cette splendeur. Vaux! me direz-vous, les merveilles de Vaux, n’est-ce pas? Eh bien! quoi? Que faire de cette merveille? Avec quoi, si je suis ruiné, verserai-je l’eau dans les urnes de mes naïades, le feu dans les entrailles de mes salamandres, l’air dans la poitrine de mes tritons? Pour être assez riche, monsieur d’Artagnan, il faut être trop riche.

D’Artagnan hocha la tête.

— Oh! je sais bien ce que vous pensez, répliqua vivement Fouquet. Si vous aviez Vaux, vous le vendriez, vous, et vous achèteriez une terre en province. Cette terre aurait des bois, des vergers et des champs; cette terre nourrirait son maître. De quarante millions, vous feriez bien...

— Dix millions, interrompit d’Artagnan.

— Pas un million, mon cher capitaine. Nul, en France, n’est assez riche pour acheter Vaux deux millions et l’entretenir comme il est, nul ne le pourrait, nul ne le saurait.