— C’est bien, c’est bien, s’écria Fouquet. Je comprends: vous avez compté sur moi pour vous aider à réparer le tort fait au pauvre frère de Louis XIV? Vous avez bien pensé: je vous aiderai. Merci, d’Herblay, merci!
— Ce n’est pas cela du tout. Vous ne me laissez pas finir, dit Aramis, impassible.
— Je me tais.
— M. Fouquet, disais-je, étant ministre du roi régnant, fut pris en aversion par le roi et fort menacé dans sa fortune, dans sa liberté, dans sa vie peut-être, par l’intrigue et la haine, trop facilement écoutées du roi. Mais Dieu permit, toujours pour le salut du prince sacrifié, que M. Fouquet eût à son tour un ami dévoué qui savait le secret d’État, et se sentait la force de mettre ce secret au jour après avoir eu la force de porter ce secret vingt ans dans son cœur.
— N’allez pas plus loin, dit Fouquet bouillant d’idées généreuses; je vous comprends et je devine tout. Vous avez été trouver le roi quand la nouvelle de mon arrestation vous est parvenue; vous l’avez supplié, il a refusé de vous entendre, lui aussi; alors vous avez fait la menace du secret, la menace de la révélation, et Louis XIV, épouvanté, a dû accorder à la terreur de votre indiscrétion ce qu’il refusait à votre intercession généreuse. Je comprends, je comprends! vous tenez le roi; je comprends!
— Vous ne comprenez pas du tout, répondit Aramis, et voilà encore une fois que vous m’interrompez, mon ami. Et puis, permettez-moi de vous le dire, vous négligez trop la logique et vous n’usez pas assez de la mémoire.
— Comment?
— Vous savez sur quoi j’ai appuyé au début de notre conversation?
— Oui, la haine de Sa Majesté pour moi, haine invincible! mais quelle haine résisterait à une menace de pareille révélation?
— Une pareille révélation? Eh! voilà où vous manquez de logique. Quoi! vous admettez que, si j’eusse fait au roi une pareille révélation, je puisse vivre encore à l’heure qu’il est?