Tout ce qui n’était jamais arrivé à Aramis arriva dans la Bastille à M. Fouquet. M. Fouquet eut beau se nommer, il eut beau se faire reconnaître, il ne put jamais être introduit.
À force de solliciter, de menacer, d’ordonner, il décida un factionnaire à prévenir un bas officier qui prévint le major. Quant au gouverneur, on n’eût pas même osé le déranger pour cela.
Fouquet, dans son carrosse, à la porte de la forteresse, rongeait son frein et attendait le retour de ce bas officier, qui reparut enfin d’un air assez maussade.
— Eh bien! dit Fouquet impatiemment, qu’a dit le major?
— Eh bien! monsieur, répliqua le soldat, M. le major m’a ri au nez. Il m’a dit que M. Fouquet est à Vaux, et que, fût-il à Paris, M. Fouquet ne se lèverait pas à l’heure qu’il est.
— Mordieu! vous êtes un troupeau de drôles! s’écria le ministre en s’élançant hors du carrosse.
Et, avant que le bas officier eût le temps de fermer la porte, Fouquet s’introduisit par la fente, et courut en avant, malgré les cris du soldat qui appelait à l’aide.
Fouquet gagnait du terrain, peu soucieux des cris de cet homme, lequel, ayant enfin joint Fouquet, répéta à la sentinelle de la seconde porte:
— À vous, à vous, sentinelle!
Le factionnaire croisa la pique sur le ministre; mais celui-ci, robuste et agile, emporté d’ailleurs par la colère, arracha la pique des mains du soldat et lui en caressa rudement les épaules. Le bas officier, qui s’approchait trop, eut sa part de la distribution: tous deux poussèrent des cris furieux, au bruit desquels sortit tout le premier corps de garde de l’avancée.