— Je vous donne dix minutes pour vous résoudre, ajouta Fouquet d’une voix calme; je m’assieds ici, dans ce fauteuil, et vous attends. Si dans dix minutes vous persistez, je sors, et croyez-moi fou tant qu’il vous plaira; mais vous verrez!
Baisemeaux frappa du pied comme un homme au désespoir, mais ne répliqua rien.
Ce que voyant, Fouquet saisit une plume, de l’encre, et écrivit:
«Ordre à M. le prévôt des marchands de rassembler la garde bourgeoise et de marcher sur la Bastille, pour le service du roi.»
Baisemeaux haussa les épaules; Fouquet écrivit:
«Ordre à M. le duc de Bouillon et à M. le prince de Condé de prendre le commandement des suisses et des gardes, et de marcher sur la Bastille, pour le service de Sa Majesté...»
Baisemeaux réfléchit. Fouquet écrivit:
«Ordre à tout soldat, bourgeois ou gentilhomme, de saisir et d’appréhender au corps, partout où ils se trouveront, le chevalier d’Herblay, évêque de Vannes, et ses complices qui sont: 1° M. de Baisemeaux, gouverneur de la Bastille, suspect des crimes de trahison, rébellion et lèse-majesté...»
— Arrêtez, monseigneur, s’écria Baisemeaux; je n’y comprends absolument rien; mais tant de maux, fussent-ils déchaînés par la folie même, peuvent arriver d’ici à deux heures, que le roi, qui me jugera, verra si j’ai eu tort de faire fléchir la consigne devant tant de catastrophes imminentes. Allons au donjon, monseigneur; vous verrez Marchiali.
Fouquet s’élança hors de la chambre, et Baisemeaux le suivit, en essuyant la sueur froide qui ruisselait de son front.