— Vos amis, oui; mais la sûreté de mon État exige une exemplaire punition des coupables.
— Je ne ferai pas observer à Votre Majesté que je viens de lui rendre la liberté, de lui sauver la vie.
— Monsieur!
— Je ne lui ferai pas observer que, si M. d’Herblay eût voulu faire son rôle d’assassin, il pouvait simplement assassiner Votre Majesté, ce matin, dans la forêt de Sénart et que tout était fini.
Le roi tressaillit.
— Un coup de pistolet dans la tête, poursuivit Fouquet, et le visage de Louis XIV, devenu méconnaissable, était à jamais l’absolution de M. d’Herblay.
Le roi pâlit d’épouvante à l’aspect du péril évité.
— M. d’Herblay, continua Fouquet, s’il eût été un assassin, n’avait pas besoin de me conter son plan pour réussir. Débarrassé du vrai roi, il rendait le faux roi impossible à deviner. L’usurpateur eût-il été reconnu par Anne d’Autriche, c’était toujours un fils pour elle. L’usurpateur, pour la conscience de M. d’Herblay, c’était toujours un roi du sang de Louis XIII. De plus, le conspirateur avait la sûreté, le secret, l’impunité. Un coup de pistolet lui donnait tout cela. Grâce, pour lui, au nom de votre salut, Sire!
Le roi, au lieu d’être touché par cette peinture si vraie de générosité d’Aramis, se sentait cruellement humilié. Son indomptable orgueil ne pouvait s’accoutumer à l’idée qu’un homme avait tenu, suspendu au bout de son doigt, le fil d’une vie royale. Chacune des paroles que Fouquet croyait efficaces pour obtenir la grâce de ses amis portait une nouvelle goutte de venin dans le cœur déjà ulcéré de Louis XIV. Rien ne put donc le fléchir, et, s’adressant impétueusement à Fouquet:
— Je ne sais vraiment pas, monsieur, dit-il, pourquoi vous me demandez grâce pour ces gens-là! À quoi bon demander ce qu’on peut avoir sans le solliciter?