— Vous aviez prévu que je refuserais la grâce de ces messieurs?

— Assurément, et toutes mes mesures étaient prises en conséquence.

— Qu’entendez-vous dire? s’écria le roi surpris.

— M. d’Herblay venait, pour ainsi dire, se livrer en mes mains. M. d’Herblay me laissait le bonheur de sauver mon roi et mon pays. Je ne pouvais condamner M. d’Herblay à la mort. Je ne pouvais non plus l’exposer au courroux très légitime de Votre Majesté. C’eût été la même chose que de le tuer moi-même.

— Eh bien! qu’avez-vous fait?

— Sire, j’ai donné à M. d’Herblay mes meilleurs chevaux, et ils ont quatre heures d’avance sur tous ceux que Votre Majesté pourra envoyer après lui.

— Soit! murmura le roi; mais le monde est assez grand pour que mes coureurs gagnent sur vos chevaux les quatre heures de gain que vous avez données à M. d’Herblay.

— En lui donnant ces quatre heures, Sire, je savais lui donner la vie. Il aura la vie.

— Comment cela?

— Après avoir bien couru, toujours en avant de quatre heures sur vos mousquetaires, il arrivera dans mon château de Belle-Île, où je lui ai donné asile.