— Concernant de prétendus vols que M. le surintendant aurait commis; ce qui est faux, ajouta Philippe. M. Fouquet l’a fait chasser avec indignation, préférant l’estime du roi à toute complicité avec des intrigants. Alors, Mme de Chevreuse a vendu le secret à M. Colbert, et, comme elle est insatiable, et qu’il ne lui suffit pas d’avoir extorqué cent mille écus à ce commis, elle a cherché plus haut si elle ne trouverait pas des sources plus profondes... Est ce vrai, madame?
— Vous savez tout, Sire, dit la reine, plus inquiète qu’irritée.
— Or, poursuivit Philippe, j’ai bien le droit d’en vouloir à cette furie qui vient tramer à ma Cour le déshonneur des uns et la ruine des autres. Si Dieu a souffert que certains crimes fussent commis, et s’il les a cachés dans l’ombre de sa clémence, je n’admets pas que Mme de Chevreuse ait le pouvoir de contrecarrer les desseins de Dieu.
Cette dernière partie du discours de Philippe avait tellement agité la reine mère, que son fils en eut pitié. Il lui prit et lui baisa tendrement la main; elle ne sentit pas que, dans ce baiser donné malgré les révoltes et les rancunes du cœur, il y avait tout un pardon de huit années d’horribles souffrances.
Philippe laissa un instant de silence engloutir les émotions qui venaient de se produire; puis avec une sorte de gaieté:
— Nous ne partirons pas encore aujourd’hui, dit-il; j’ai un plan.
Et il se tourna vers la porte, où il espérait voir Aramis, dont l’absence commençait à lui peser.
La reine mère voulut prendre congé.
— Demeurez, ma mère, dit-il; je veux vous faire faire la paix avec M. Fouquet.
— Mais je n’en veux pas à M. Fouquet; je craignais seulement ses prodigalités.