Philippe ne leva pas les yeux au ciel, ne bougea pas de la place où il se tenait comme cramponné au parquet, l’œil profondément attaché sur le roi son frère. Il lui reprochait, dans un sublime silence, tous ses malheurs passés, toutes ses tortures de l’avenir. Contre ce langage de l’âme, le roi ne se sentit plus de force; il baissa les yeux, entraîna précipitamment son frère et sa belle-sœur, oubliant sa mère étendue sans mouvement à trois pas du fils qu’elle laissait une seconde fois condamner à la mort. Philippe s’approcha d’Anne d’Autriche, et lui dit d’une voix douce et noblement émue:

— Si je n’étais pas votre fils, je vous maudirais, ma mère, pour m’avoir rendu si malheureux.

D’Artagnan sentit un frisson passer dans la moelle de ses os. Il salua respectueusement le jeune prince, et lui dit à demi courbé:

— Excusez-moi, monseigneur, je ne suis qu’un soldat, et mes serments sont à celui qui sort de cette chambre.

— Merci, monsieur d’Artagnan. Mais qu’est devenu M. d’Herblay?

— M. d’Herblay est en sûreté, monseigneur, dit une voix derrière eux, et nul, moi vivant ou libre, ne fera tomber un cheveu de sa tête.

— Monsieur Fouquet! dit le prince en souriant tristement.

— Pardonnez-moi, monseigneur, dit Fouquet en s’agenouillant; mais celui qui vient de sortir d’ici était mon hôte.

— Voilà, murmura Philippe avec un soupir, de braves amis et de bons cœurs. Ils me font regretter ce monde. Marchez, monsieur d’Artagnan, je vous suis.

Au moment où le capitaine des mousquetaires allait sortir, Colbert apparut, remit à d’Artagnan un ordre du roi et se retira.