— Oh! répondit cet homme en se découvrant avec respect, un digne seigneur. Mais, quel que soit mon désir de lui être agréable, je ne puis vous donner deux chevaux; tous ceux de ma poste sont retenus par M. le duc de Beaufort.
— Ah! fit Aramis désappointé.
— Seulement, continua le maître de poste, s’il vous plaît de monter dans un petit chariot que j’ai, j’y ferai mettre un vieux cheval aveugle qui n’a plus que des jambes, et qui vous conduira chez M. le comte de La Fère.
— Cela vaut un louis, dit Aramis.
— Non, monsieur, cela ne vaut jamais qu’un écu; c’est le prix que me paie M. Grimaud, l’intendant du comte, toutes les fois qu’il se sert de mon chariot, et je ne voudrais pas que M. le comte eût à me reprocher d’avoir fait payer trop cher un de ses amis.
— Ce sera comme il vous plaira, dit Aramis, et surtout comme il plaira au comte de La Fère, que je me garderai bien de désobliger. Vous aurez votre écu; seulement, j’ai bien le droit de vous donner un louis pour votre idée.
— Sans doute, répliqua le maître tout joyeux.
Et il attela lui-même son vieux cheval à la carriole criarde.
Pendant ce temps-là, Porthos était curieux à voir. Il se figurait avoir découvert le secret; il ne se sentait pas d’aise: d’abord, parce que la visite chez Athos lui était particulièrement agréable; ensuite, parce qu’il était dans l’espérance de trouver à la fois un bon lit et un bon souper.
Le maître, ayant fini d’atteler, proposa un de ses valets pour conduire les étrangers à La Fère.