Ce furent ses derniers mots en voiture.

Le conducteur les interrompit par ceux-ci:

— Messieurs, vous êtes arrivés.

Porthos et son compagnon descendirent devant la porte du petit château.

C’est là que nous allons retrouver Athos et Bragelonne, disparus tous deux depuis la découverte de l’infidélité de La Vallière.

S’il est un mot plein de vérité, c’est celui-ci: les grandes douleurs renferment en elles-mêmes le germe de leur consolation.

En effet, cette douloureuse blessure faite à Raoul avait rapproché de lui son père, et Dieu sait si elles étaient douces, les consolations qui coulaient de la bouche éloquente et du cœur généreux d’Athos.

La blessure ne s’était point cicatrisée; mais Athos, à force de converser avec son fils, à force de mêler un peu de sa vie à lui dans celle du jeune homme, avait fini par lui faire comprendre que cette douleur de la première infidélité est nécessaire à toute existence humaine, et que nul n’a aimé sans la connaître.

Raoul écoutait souvent, il n’entendait pas. Rien ne remplace, dans le cœur vivement épris, le souvenir et la pensée de l’objet aimé. Raoul répondait alors à son père:

— Monsieur, tout ce que vous me dites est vrai; je crois que nul n’a autant souffert que vous par le cœur; mais vous êtes un homme trop grand par l’intelligence, trop éprouvé par les malheurs, pour ne pas permettre la faiblesse au soldat qui souffre pour la première fois. Je paie un tribut que je ne paierai pas deux fois; permettez-moi de me plonger si avant dans ma douleur, que je m’y oublie moi-même, que j’y noie jusqu’à ma raison.