Raoul poussa un éclat de rire sinistre, qui donna le frisson à Montalais.
— Vous me dites cela bien à votre aise, mademoiselle!... Épouse-t-on celle que l’on veut? Vous oubliez donc que le roi gardait déjà pour lui sa maîtresse, dont nous parlons.
— Écoutez, reprit la jeune femme en serrant les mains froides de Raoul dans les siennes, vous avez eu tous les torts; un homme de votre âge ne doit pas laisser seule une femme du sien.
— Il n’y a plus de foi au monde, alors, dit Raoul.
— Non, vicomte, répliqua tranquillement Montalais. Cependant je dois vous dire que si, au lieu d’aimer froidement et philosophiquement Louise, vous l’eussiez éveillée à l’amour...
— Assez, je vous prie, mademoiselle, dit Raoul. Je sens que vous êtes toutes et tous d’un autre siècle que moi. Vous savez rire et vous raillez agréablement. Moi, j’aimais Mlle de...
Raoul ne put prononcer son nom.
— Je l’aimais; eh bien! je croyais en elle; aujourd’hui, j’en suis quitte pour ne plus l’aimer.
— Oh! vicomte! dit Montalais en lui montrant un miroir.
— Je sais ce que vous voulez dire, mademoiselle; je suis bien changé, n’est-ce pas? Eh bien! savez-vous pour quelle raison? C’est que mon visage à moi est le miroir de mon cœur: le dedans a changé comme le dehors.