— Comme je vous dirai, ou, pour mieux m’expliquer, laissez-moi conter la chose à ma façon; je ne vous recommanderai pas de mentir, cela vous serait impossible.
— Eh bien! alors?
— Eh bien! je mentirai pour deux; c’est si facile avec la nature et l’habitude du Gascon!
Athos sourit. Le carrosse s’arrêta où s’était arrêté celui que nous venons de signaler, sur le seuil du Gouvernement même.
— C’est entendu? fit d’Artagnan bas à son ami.
Athos consentit par un geste. Ils montèrent l’escalier. Si l’on s’étonne de la facilité avec laquelle ils étaient entrés dans la Bastille, on se souviendra qu’en entrant, c’est-à-dire au plus difficile, d’Artagnan avait annoncé qu’il amenait un prisonnier d’État.
À la troisième porte, au contraire, c’est-à-dire une fois bien entré, il dit seulement au factionnaire:
— Chez M. de Baisemeaux.
Et tous deux passèrent. Ils furent bientôt dans la salle à manger du gouverneur, où le premier visage qui frappa les yeux de d’Artagnan fut celui d’Aramis, qui était assis côte à côte avec Baisemeaux, et attendait l’arrivée d’un bon repas, dont l’odeur fumait par tout l’appartement.
Si d’Artagnan joua la surprise, Aramis ne la joua pas; il tressaillit en voyant ses deux amis, et son émotion fut visible.