Les deux gentilshommes, après s’être accordés sur ce point, s’entretinrent des folles façons du duc, convinrent que la France serait servie d’une manière incomplète dans l’esprit et la pratique de l’expédition, et, ayant résumé cette politique par le mot vanité, ils se mirent en marche pour obéir à leur volonté plus encore qu’au destin.

Le sacrifice était accompli.

Chapitre CCXXXVII — Le plat d’argent

Le voyage fut doux. Athos et son fils traversèrent toute la France en faisant une quinzaine de lieues par jour, quelquefois davantage, selon que le chagrin de Raoul redoublait d’intensité.

Ils mirent quinze jours pour arriver à Toulon, et perdirent tout à fait les traces de d’Artagnan à Antibes.

Il faut croire que le capitaine des mousquetaires avait voulu garder l’incognito dans ces parages; car Athos recueillit de ses informations l’assurance qu’on avait vu le cavalier qu’il dépeignit changer ses chevaux contre une voiture bien fermée à partir d’Avignon.

Raoul se désespérait de ne point rencontrer d’Artagnan, il manquait à ce cœur tendre l’adieu et la consolation de ce cœur d’acier.

Athos savait par expérience que d’Artagnan devenait impénétrable lorsqu’il s’occupait d’une affaire sérieuse, soit pour son compte, soit pour le service du roi.

Il craignit même d’offenser son ami ou de lui nuire en prenant trop d’informations. Cependant, quand Raoul commença son travail de classement pour la flottille, et qu’il rassembla les chalands et allèges pour les envoyer à Toulon, l’un des pêcheurs apprit au comte que son bateau était en radoub depuis un voyage qu’il avait fait pour le compte d’un gentilhomme très pressé de s’embarquer.

Athos, croyant que cet homme mentait pour rester libre et gagner plus d’argent à pêcher quand tous ses compagnons seraient partis, insista pour avoir des détails.