— Nous allons être fusillés! s’écria Raoul. L’épée à la main, du moins, et sautons le fossé! Nous tuerons bien chacun un de ces coquins quand leurs mousquets seront vides.

Et déjà Raoul, joignant le mouvement au conseil s’élançait, suivi d’Athos, lorsqu’une voix bien connue retentit derrière eux.

— Athos! Raoul! criait cette voix.

— D’Artagnan! répondirent les deux gentilshommes.

— Armes bas, mordioux! s’écria le capitaine aux soldats. J’étais bien sûr de ce que je disais, moi!

Les soldats relevèrent leurs mousquets.

— Que nous arrive-t-il donc? demanda Athos. Quoi! on nous fusille sans nous avertir?

— C’est moi qui allais vous fusiller, répliqua d’Artagnan; et, si le gouverneur vous a manqués, je ne vous eusse pas manqués, moi, chers amis. Quel bonheur que j’aie pris l’habitude de viser longtemps, au lieu de tirer d’instinct en visant! J’ai cru vous reconnaître. Ah! mes chers amis, quel bonheur!

Et d’Artagnan s’essuyait le front, car il avait couru vite, et l’émotion chez lui n’était pas feinte.

— Comment! fit le comte, ce monsieur qui a tiré sur nous est le gouverneur de la forteresse?