— Oui, oui, je vois.

— C’est le carrosse que je jetai à la mer en abordant avec le prisonnier.

— Eh bien! dit Athos, si vous m’en croyez, d’Artagnan, vous brûlerez le carrosse, afin qu’il n’en reste point de vestige; sans quoi, les pêcheurs d’Antibes, qui ont cru avoir affaire au diable, chercheront à prouver que votre prisonnier n’était qu’un homme.

— Je loue votre conseil, Athos, et je vais cette nuit le faire exécuter, ou plutôt l’exécuter moi-même. Mais rentrons, car la pluie va tomber et les éclairs sont effrayants.

Comme ils passaient sur le rempart dans une galerie dont d’Artagnan avait la clef, ils virent M. de Saint-Mars se diriger vers la chambre habitée par le prisonnier.

Ils se cachèrent dans l’angle de l’escalier sur un signe de d’Artagnan.

— Qu’y-a-t-il? dit Athos.

— Vous allez voir. Regardez. Le prisonnier revient de la chapelle.

Et l’on vit, à la lueur des rouges éclairs, dans la brume violette qu’estompait le vent sur le fond du ciel, on vit passer gravement, à six pas derrière le gouverneur, un homme vêtu de noir et masqué par une visière d’acier bruni, soudée à un casque de même nature, et qui lui enveloppait toute la tête. Le feu du ciel jetait de fauves reflets sur cette surface polie, et ces reflets, voltigeant capricieusement, semblaient être les regards courroucés que lançait ce malheureux à défaut d’imprécations.

Au milieu de la galerie, le prisonnier s’arrêta un moment à contempler l’horizon infini, à respirer les parfums sulfureux de la tempête à boire avidement la pluie chaude, et il poussa un soupir semblable à un rugissement.