— Monsieur d’Artagnan! fit-il. Ah!... Eh bien?
D’Artagnan regarda de Saint-Aignan. Les yeux du roi prirent la même direction que ceux de son capitaine. Ces regards eussent été clairs pour tout le monde; à bien plus forte raison le furent-ils pour de Saint-Aignan. Le courtisan salua et sortit. Le roi et d’Artagnan se trouvèrent seuls.
— Est-ce fait? demanda le roi.
— Oui, Sire, répondit le capitaine des mousquetaires d’une voix grave, c’est fait.
Le roi ne trouva plus un mot à dire. Cependant l’orgueil lui commandait de n’en pas rester là. Quand un roi a pris une décision, même injuste, il faut qu’il prouve à tous ceux qui la lui ont vu prendre, et surtout il faut qu’il se prouve à lui-même qu’il avait raison en la prenant. Il y a un moyen pour cela, un moyen presque infaillible, c’est de chercher des torts à la victime.
Louis, élevé par Mazarin et Anne d’Autriche, savait, mieux qu’aucun prince ne le sut jamais, son métier de roi. Aussi essaya-t-il de le prouver en cette occasion. Après un moment de silence, pendant lequel il avait fait tout bas les réflexions que nous venons de faire tout haut:
— Qu’a dit le comte? reprit-il négligemment.
— Mais rien, Sire.
— Cependant, il ne s’est pas laissé arrêter sans rien dire?
— Il a dit qu’il s’attendait à être arrêté, Sire.