— Je resterai dit Fouquet, et, d’ailleurs, tout ne me sert-il pas?

— Vous avez Belle-Île! cria l’abbé Fouquet.

— Et j’y vais naturellement, en allant à Nantes, répondit le surintendant; patience, donc, patience!

— Avant Nantes, que de chemin! dit Mme Fouquet.

— Oui, je le sais bien, répliqua Fouquet; mais qu’y faire? Le roi m’appelle aux États. Je sais bien que c’est pour me perdre; mais refuser de partir, c’est montrer de l’inquiétude.

— Eh bien! j’ai trouvé le moyen de tout concilier, s’écria Pélisson. Vous allez partir pour Nantes.

Fouquet le regarda d’un air surpris.

— Mais avec des amis, mais dans votre carrosse jusqu’à Orléans, dans votre gabare jusqu’à Nantes; toujours prêt à vous défendre si l’on vous attaque, à échapper si l’on vous menace; en un mot, vous emporterez votre argent pour toute chance, et, tout en fuyant, vous n’aurez fait qu’obéir au roi; puis, touchant la mer quand vous voudrez, vous embarquerez pour Belle-Île, et, de Belle-Île, vous vous élancerez où vous voudrez, pareil à l’aigle qui sort et prend l’espace quand on l’a débusqué de son aire.

Un assentiment unanime accueillit les paroles de Pélisson.

— Oui, faites cela, dit Mme Fouquet à son mari.