Il achevait à peine, que l’on découvrit de loin, derrière un coude formé par le fleuve, la mâture d’une gabare importante qui descendait.

Les rameurs du bateau de Fouquet poussèrent un cri de surprise en voyant cette gabare.

— Qu’y a-t-il? demanda Fouquet.

— Il y a, monseigneur, répondit le patron de la barque, que c’est une chose vraiment extraordinaire, et que cette gabare marche comme un ouragan.

Gourville tressaillit et monta sur le tillac pour mieux voir.

Fouquet ne monta pas, lui; mais il dit à Gourville avec une défiance contenue:

— Voyez donc ce que c’est, mon cher.

La gabare venait de dépasser le coude. Elle nageait si vite, que, derrière elle, on voyait frémir la blanche traînée de son sillage, illuminé des feux du jour.

— Comme ils vont! répéta le patron, comme ils vont! il paraît que la paie est bonne. Je ne croyais pas, ajouta le patron, que des avirons de bois pussent se comporter mieux que les nôtres; mais, en voici là-bas qui me prouvent le contraire.

— Je crois bien! s’écria un des rameurs; ils sont douze et nous ne sommes que huit.