— Non, dit M. Fouquet, arrêtez tout court, au contraire.
— Monseigneur, quelle folie! interrompit Gourville en se penchant à son oreille.
— Tout court! répéta M. Fouquet. Les huit avirons s’arrêtèrent, et, résistant à l’eau, imprimèrent un mouvement rétrograde à la gabare. Elle était arrêtée.
Les douze rameurs de l’autre ne distinguèrent pas d’abord cette manœuvre, car ils continuèrent à lancer l’esquif si vigoureusement, qu’il arriva tout au plus à portée de mousquet. M. Fouquet avait la vue mauvaise; Gourville était gêné par le soleil, qui frappait ses yeux; le patron seul, avec cette habitude et cette netteté que donne la lutte contre les éléments, aperçut distinctement les voyageurs de la gabare voisine.
— Je les vois! s’écria-t-il, ils sont deux.
— Je ne vois rien, dit Gourville.
— Vous n’allez pas tarder à les distinguer; en quelques coups d’aviron, ils seront à vingt pas de nous.
Mais ce qu’annonçait le patron ne se réalisa pas; la gabare imita le mouvement commandé par M. Fouquet, et, au lieu de venir joindre ses prétendus amis, elle s’arrêta tout net sur le milieu du fleuve.
— Je n’y comprends plus rien, dit le patron.
— Ni moi, dit Gourville.