— Voilà votre voix qui s’enroue, dit d’Artagnan. Buvez, monseigneur, buvez.
Et il lui offrit une tasse de tisane avec la plus cordiale amitié; Fouquet la prit et le remercia par un bon sourire.
— Ces choses-là n’arrivent qu’à moi, dit le mousquetaire. J’ai passé dix ans sous votre barbe quand vous remuiez des tonnes d’or; vous faisiez quatre millions de pension par an, vous ne m’avez jamais remarqué; et voilà que vous vous apercevez que je suis au monde, précisément au moment...
— Où je vais tomber, interrompit Fouquet. C’est vrai cher monsieur d’Artagnan.
— Je ne dis pas cela.
— Vous le pensez, c’est tout. Eh bien! si je tombe, prenez ma parole pour vraie, je ne passerai pas un jour sans me dire, en me frappant la tête: «Fou! fou! stupide mortel! Tu avais M. d’Artagnan sous la main, et tu ne t’es pas servi de lui! et tu ne l’as pas enrichi!»
— Vous me comblez! dit le capitaine; je raffole de vous.
— Encore un homme qui ne pense pas comme M. Colbert, fit le surintendant.
— Que ce Colbert vous tient aux côtes! C’est pis que votre fièvre.
— Ah! j’ai mes raisons, dit Fouquet. Jugez-les.