— Pour que je vous confie la teneur des ordres qu’on m’a donnés, il faut que je vous aime et que je tienne à vous prouver qu’aucun n’est dirigé contre vous.
— Sans doute, dit Fouquet distrait.
— Récapitulons, dit le capitaine avec son coup d’œil chargé d’insistance: Garde spéciale et sévère du château dans lequel vous aurez votre logis, n’est-ce pas? Connaissez-vous ce château?... Ah! monseigneur, une vraie prison! Absence totale de M. de Gesvres, qui a l’honneur d’être de vos amis... Clôture des portes de la ville et de la rivière, sauf une passe, mais seulement quand le roi sera venu... Savez-vous bien, monsieur Fouquet, que si, au lieu de parler à un homme comme vous, qui êtes un des premiers du royaume, je parlais à une conscience troublée, inquiète, je me compromettrais à jamais? La belle occasion pour quelqu’un qui voudrait prendre le large! Pas de police, pas de gardes, pas d’ordres; l’eau libre, la route franche, M. d’Artagnan obligé de prêter ses chevaux si on les lui demandait! Tout cela doit vous rassurer, monsieur Fouquet; car le roi ne m’eût pas laissé ainsi indépendant, s’il eût eu de mauvais desseins. En vérité, monsieur Fouquet, demandez-moi tout ce qui pourra vous être agréable: je suis à votre disposition; et seulement, si vous y consentez, vous me rendrez un service; celui de souhaiter le bonjour à Aramis et à Porthos, au cas où vous embarqueriez pour Belle-Île, ainsi que vous avez le droit de le faire, sans désemparer, tout de suite, en robe de chambre, comme vous voilà.
Sur ces mots, et avec une profonde révérence, le mousquetaire, dont les regards n’avaient rien perdu de leur intelligente bienveillance, sortit de l’appartement et disparut.
Il n’était pas aux degrés du vestibule, que Fouquet, hors de lui, se pendit à la sonnette et cria:
— Mes chevaux! ma gabare!
Personne ne répondit.
Le surintendant s’habilla lui-même de tout ce qu’il trouva sous sa main.
— Gourville!... Gourville!... cria-t-il tout en glissant sa montre dans sa poche.
Et la sonnette joua encore, tandis que Fouquet répétait: