Mais on était trop pressé, de part et d’autre, pour demeurer longtemps à cette allure. Le cheval blanc partit comme une flèche quand il toucha un terrain plus résistant.

D’Artagnan baissa la main, et son cheval noir prit le galop. Tous deux suivaient la même route; les quadruples échos de la course se confondaient; M. Fouquet n’avait pas encore aperçu d’Artagnan.

Mais, à la sortie de la rampe, un seul écho frappa l’air, c’était celui des pas de d’Artagnan, qui roulait comme un tonnerre.

Fouquet se retourna; il vit à cent pas derrière lui, en arrière, son ennemi, penché sur le cou de son coursier. Plus de doute; le baudrier reluisant, la casaque rouge, c’était un mousquetaire; Fouquet baissa la tête aussi, et son cheval blanc mit vingt pieds de plus entre son adversaire et lui.

«Oh! mais, pensa d’Artagnan inquiet, ce n’est pas un cheval ordinaire que monte là Fouquet, attention!» Et, attentif, il examina, de son œil infaillible, l’allure et les moyens de ce coursier.

Croupe ronde, queue maigre et tendue, jambes maigres et sèches comme des fils d’acier, sabots plus durs que du marbre.

Il éperonna le sien, mais la distance entre les deux resta la même.

D’Artagnan écouta profondément: pas un souffle du cheval ne lui parvenait, et, pourtant, il fendait le vent.

Le cheval noir, au contraire, commençait à râler comme un accès de toux.

«Il faut crever mon cheval, mais arriver», pensa le mousquetaire.