— Bon! Voilà qui vous tourmente? Beau plaisir, ma foi! Quant à moi, je ne le regrette pas. Ce que je regrette ce n’est pas, certes, le plus ou moins d’agrément que l’on peut prendre à Belle-Île; ce que je regrette, Aramis, c’est Pierrefonds, c’est Bracieux, c’est le Vallon, c’est ma belle France: ici, l’on n’est pas en France, mon cher ami; on est je ne sais où. Oh! je puis vous le dire dans toute la sincérité de mon âme, et votre affection excusera ma franchise; mais je vous déclare que je ne suis pas heureux à Belle-Île; non, vraiment, je ne suis pas heureux, moi!

Aramis soupira tout bas.

— Cher ami, répondit-il, voilà pourquoi il est bien triste que vous ayez envoyé les deux barques qui nous restaient à la recherche des bateaux disparus depuis deux jours. Si vous ne les eussiez pas expédiées pour faire cette découverte, nous fussions partis.

— Partis! Et la consigne, Aramis?

— Quelle consigne?

— Parbleu! la consigne que vous me répétiez toujours et à tout propos: que nous gardions Belle-Île contre l’usurpateur; vous savez bien.

— C’est vrai, murmura encore Aramis.

— Vous voyez donc bien, mon cher, que nous ne pouvons pas partir, et que l’envoi des barques à la recherche des bateaux ne nous préjudice en rien.

Aramis se tut, et son vague regard, lumineux comme celui d’un goéland, plana longtemps sur la mer, interrogeant l’espace et cherchant à percer l’horizon.

— Avec tout cela, Aramis, continua Porthos, qui tenait à son idée, et qui y tenait d’autant plus que l’évêque l’avait trouvée exacte, avec tout cela, vous ne me donnez aucune explication sur ce qui peut être arrivé aux malheureux bateaux. Je suis assailli de cris et de plaintes partout où je passe; les enfants pleurent en voyant les femmes se désoler, comme si je pouvais rendre les pères, les époux absents. Que supposez-vous, mon ami, et que dois-je leur répondre?