— Restons, alors, dit son ami avec un soupir qui, malgré les efforts qu’il fit pour le contenir, s’échappa bruyamment de sa poitrine. Restons, restons! Et cependant, ajouta-t-il, et cependant, si on voulait bien, mais, là, bien nettement, si l’on avait une idée bien fixe, bien arrêtée de retourner en France, et que l’on n’eût pas de bateaux...
— Avez-vous remarqué une autre chose, mon ami? c’est que, depuis la disparition de nos barques, depuis ces deux jours que nos pêcheurs ne sont pas revenus, il n’est pas abordé un seul canot sur les rivages de l’île?
— Oui, certes, vous avez raison. Je l’ai remarqué aussi, moi, et l’observation était facile à faire; car, avant ces deux jours funestes, nous voyions arriver ici barques et chaloupes par douzaines.
— Il faudra s’informer, fit tout à coup Aramis avec attention. Quand je devrais faire construire un radeau...
— Mais il y a des canots, cher ami; voulez-vous que j’en monte un?
— Un canot... un canot!... Y pensez-vous, Porthos? Un canot pour chavirer? Non, non, répliqua l’évêque de Vannes, ce n’est pas notre métier, à nous, de passer sur les lames. Attendons, attendons.
Et Aramis continuait de se promener avec tous les signes d’une agitation toujours croissante.
Porthos, qui se fatiguait à suivre chacun des mouvements fiévreux de son ami, Porthos, qui, dans son calme et sa croyance, ne comprenait rien à cette sorte d’exaspération qui se trahissait par des soubresauts continuels, Porthos l’arrêta.
— Asseyons-nous sur cette roche, lui dit-il; placez-vous là, près de moi, Aramis, et, je vous en conjure une dernière fois, expliquez-moi, de manière à me le faire bien comprendre, expliquez-moi ce que nous faisons ici.
— Porthos... dit Aramis embarrassé.