— J’aime à être surpris, dit Porthos avec bienveillance; ne me ménagez donc pas, je vous prie. Je suis dur aux émotions; ne craignez donc rien, parlez.
— C’est difficile, Porthos, c’est... difficile; car, en vérité, je vous en préviens une seconde fois, j’ai des choses bien étranges, bien extraordinaires à vous dire.
— Oh! vous parlez si bien, cher ami, que je vous écouterais pendant des journées entières. Parlez donc, je vous en prie, et, tenez, il me vient une idée: je vais, pour vous faciliter la besogne, je vais, pour vous aider à me dire ces choses étranges, vous questionner.
— Je le veux bien.
— Pourquoi allons-nous combattre, cher Aramis?
— Si vous me faites beaucoup de questions semblables à celle-là, si c’est ainsi que vous voulez faciliter ma besogne, mon besoin de révélation, en m’interrogeant ainsi, Porthos, vous ne me faciliterez en rien. Bien au contraire, c’est précisément là le nœud gordien. Tenez, ami, avec un homme bon, généreux et dévoué comme vous l’êtes, il faut, pour lui et pour soi-même, commencer la confession avec bravoure. Je vous ai trompé, mon digne ami.
— Vous m’avez trompé?
— Mon Dieu, oui.
— Était-ce pour mon bien, Aramis?
— Je l’ai cru, Porthos; je l’ai cru sincèrement, mon ami.